L’informatique française et la CII Toulouse…

Avant tout une belle histoire humaine

Réalisée par des syndicalistes CGT anciens salariés de l’usine, une brochure richement documentée de 100 pages retrace l’aventure industrielle et sociale de la Compagnie Internationale pour l’Informatique à Toulouse.

En ces années-là, Toulouse et son agglomération connaissaient un bond technologique et industriel assez exceptionnel. L’automne 1968 voyait l’arrivée des premiers personnels sur le centre spatial de Rangueil avec le CNES. Le 2 mars 1969, Concorde effectuait son premier vol d’essai au-dessus des pistes de Blagnac.

Quelques mois plus tard, des embauches s’ouvraient par dizaines puis progressivement par centaines à Basso Cambo sur le centre de production principal des gammes d’ordinateurs de la CII.

Nous avions la vingtaine, ou guère plus. Nous étions solidaires et fiers de travailler dans une usine moderne, utile au bien commun. La jeunesse étudiante et le monde ouvrier venaient de démontrer en ce printemps 68 qu’ils ne s’en laisseraient pas conter.

Nous étions convaincus de nos engagements qui alliaient la défense de l’emploi et de l’activité industrielle à l’indispensable progrès social et salarial dans l’entreprise.

C’est avec ce même état d’esprit que cinquante ans plus tard après de longs mois de consultation des archives syndicales, d’articles et de témoignages que les anciens et anciennes salarié.e.s et syndicalistes CGT, l’ouvrier Gérald Veirier, l’ingénieure Ghislaine Pelfort et plusieurs de leurs camarades, ont travaillé à la rédaction d’une importante et passionnante brochure.

Sous le titre « La CII. L’informatique française… Les luttes sociales… Toute une histoire », elle retrace sur cent pages, dont la moitié en annexes et documents, l’épopée de la CII imprégnée des populaires et rassembleuses luttes sociales qui l’ont accompagnée. Les différents chapitres abordent successivement : le rôle de la puissance publique avec la création du Plan Calcul, puis l’appétit vorace d’argent public des groupes privés et leur désengagement, la fusion avec Honeywell-Bull, le démantèlement de la CII, la reprise par Thomson , la création de la CITEC Toulouse…

Tout un chapitre est consacré à la démarche durable et efficace de la CGT en direction des ingénieur.e.s, cadres et technicien.ne.s avec l’activité du syndicat CGT-UGICT contribuant avec les collègues ouvriers à l’élaboration collective des revendications et des interventions.

Tout au long des pages consacrées à cette histoire, la part prise par les luttes sociales et syndicales incessantes pour la sauvegarde du potentiel industriel, et la nationalisation de l’industrie informatique occupe une place essentielle sans laquelle, l’usine CII de Basso Cambo, devenue Thales aujourd’hui, n’existerait sans doute plus.

Il s’agit aussi de ne jamais perdre de vue le contexte politique et économique national marqué par un libéralisme destructeur, la financiarisation de l’économie au détriment de l’industrie, les privatisations, contre lesquelles les personnels et les syndicats CGT de l’usine ont dû sans cesse ferrailler.

Oui l’histoire permet de mieux comprendre le présent et d’appréhender l’avenir.  Comme l’écrit Louis Carro, ancien premier secrétaire du syndicat ouvrier CGT : « un pays ne peut pas vivre sans industries, sans productions de richesses grâce au travail humain accumulé ». En éditorial, Ghislaine Pelfort et Gérald Veirier soulignent combien les années de crise sanitaire et de conflits entre états que nous vivons, « remettent à l’ordre du jour les besoins d’investissements publics, les nationalisations, le rôle de l’État et la place des salarié-e-s ».

Alain Raynal    Institut Régional Histoire Sociale Midi-Pyrénées. Ancien technicien, de 1970 à 1977, élu CGT à la CII Toulouse.

Pour se procurer la brochure envoyer un mail à

  • Section CGT retraité-e-s Thales Toulouse
  • Syndicat CGT Thales Toulouse
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